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Décès du Dr Jean KIFFER, Maire d'Amnéville

Aperçu de l'imageJe suis abasourdi ce matin par le décès brutal, cette nuit, du Docteur Jean KIFFER. Il est parti sans prévenir. Il avait juste dit qu’il serait maire jusqu’à son dernier souffle. Il avait encore des projets plein la tête. Il avait toujours l’imagination et la fougue de la jeunesse. Il était en conflit avec le monde tel qu’il est. Il avait bâti le sien, à Amnéville, sa « ville entreprise ». Aucun investisseur extérieur n’aurait mis un centime pour créer un site touristique entre les usines sidérurgiques agonisantes d’Hagondange et de Gandrange-Rombas. Il l’a fait seul et contre tous. Première employeuse du bassin, la nouvelle Amnéville-les-Thermes assure aussi à ses habitants une politique sociale sans équivalent. Il n’avait jamais oublié ses origines modestes à Merten. Il combattait les grands et aidait les petits. Je l’ai vu piquer des colères devant le mépris porté à un handicapé ou devant l’indifférence à l’égard d’un enfant. Son aspect rugueux cachait un cœur immense.

Sur un plan plus personnel, je pleure celui qui, avec mon père, a le plus contribué à ma construction. J’avais douze ans quand j’ai participé à ma première campagne électorale à ses côtés, aux législatives de 1973. J’habitais Hagondange. La rue de la Gare portait encore le nom de Joseph Staline. Il était le jeune médecin qui avait conquis Amnéville, la plus vieille municipalité communiste d’Europe occidentale, ralliée à l’Internationale. Je me souviens de ces heures passées à parler politique, géopolitique et Histoire, en nous promenant dans le Bois de Coulange alors vierge, ou encore en Forêt de Dabo. Il m’a mis le pied à l’étrier aux régionales de 1992, puis il m’a appelé à Amnéville à titre professionnel. Je n’ai jamais voulu y jouer un rôle politique car il n’y a jamais de place pour deux maires dans une ville. Il en avait convenu. Il m’avait appelé son « fils spirituel » mais j’étais toujours trop diplomate et technocrate à ces yeux. Tout est relatif.

Ce matin, je pense à son épouse, à sa famille et à ce peuple d’Amnéville qu’il affectionnait tant et qui le lui rendait si bien. Il laisse un vide vertigineux et un héritage florissant. Sa vie aura été un témoignage, un roman vrai, de la force de la générosité et de la volonté.