« Les casseurs devraient être payeurs »: depuis la fin des années 1980, Joëlle et Gaston Pirih, retraités de Rosbruck (Moselle), à la frontière allemande, vivent dans une maison qui penche, où de nouvelles fissures naissent régulièrement, conséquence de la fin de l’activité minière dans la région.

Des ficelles pour tenir les portes et leur éviter de claquer, un volet du salon qui ne s’ouvre plus, des cales sous les meubles pour qu’ils restent droits… Le quotidien du couple est ponctué, depuis plus de 30 ans, par des « rafistolages » dans une maison en pente de 3%.

Le village semble à première vue agréable. Les Pirih, qui ont vécu dans un HLM par le passé, y ont investi « toutes (leurs) économies » pour bâtir, en 1978, leur maison dans un lotissement paisible.

Mais Rosbruck « a été sacrifié par l’arrêt du remblayage traditionnel des galeries minières à partir de 1985 », regrette le couple, qui en a fait son combat. Dans les mois qui ont suivi, « on a ressenti des secousses ». Plus d’un millier au total depuis.

Dans la salle à manger, des documents recouvrent le mur: lettres des autorités, plans de l’exploitation minière ou coupures de presse: Joëlle Pirih enquête, garde des traces et continue d’interpeller les acteurs pour que soit enfin réparé leur préjudice.

On peut notamment voir que des galeries minières étaient exploitées sous une grande partie des maisons de Rosbruck. Mais l’absence de remblaiement de ces galeries « a provoqué des affaissements de 16 mètres » du sol.

« Calvaire »

Quatre-vingts maisons ont été relevées ou détruites. Mais les autres vivent « un calvaire ». « On se lève le matin en se demandant ce qui va encore nous arriver », souffle Joëlle Pirih.

Moselle: des mines pas remblayées et des maisons qui penchent

Ils ne sont pas seuls: une quarantaine de familles sont encore engagées dans une procédure judiciaire interminable pour faire reconnaître la responsabilité de Charbonnages de France (représenté par l’Agent judiciaire de l’Etat après sa liquidation) dans les dégâts de leurs maisons.

« L’Agent judiciaire de l’Etat nous fait croire que non, elles ne sont pas inhabitables », regrette Mme Pirih, ajoutant que l’Etat fait appel de toutes les décisions de justice favorables aux habitants.

Dans la commune voisine de Cocheren, plusieurs familles se battent aussi.

Michelle et Gérard Bertrand y ont acquis, lorsque les galeries des mines étaient encore remblayées, l’une des maisons les plus anciennes du village, « qui a presque 300 ans ». Mais depuis trois décennies, elle aussi penche: il suffit de poser une balle de ping-pong au sol et la voir dévaler plusieurs mètres jusqu’au mur.

L’accès à leur habitation a même été un temps impossible en cas de pluie, le terrain s’étant affaissé exactement devant leur maison. Au gré des mouvements de terrain, les eaux de pluie ont ruisselé du sud vers le nord, alors qu’en 1980, « c’était dans l’autre sens », souligne Gérard Bertrand.

« Prisonnier »

La commune de Rosbruck, qui avait elle aussi mené des actions en justice, se sent « abandonnée » par l’Etat, alors qu’elle a « pendant 150 ans » contribué au développement économique du pays, via l’exploitation minière, regrette auprès de l’AFP son maire, élu en 2020, Bernard Betker.

« Je soutiens les habitants », poursuit-il, alors que leur combat juridique n’en finit pas, plus de 15 ans après leur tout premier passage au tribunal en 2007.

Moselle: des mines pas remblayées et des maisons qui penchent

Après plusieurs batailles entre experts et la demande, en 2015, d’expertises complémentaires par la cour d’appel de Metz, une audience s’est tenue en novembre, sur la base de conclusions écrites, sans plaidoiries.

Les décisions doivent intervenir, au cas par cas, à partir du premier semestre 2024 et s’échelonner sur toute l’année, même si Joëlle Pirih l’assure: « Toutes les familles n’ont pas encore reçu leur rapport d’expertise » et ne devraient pas obtenir de réponse judiciaire cette année.

Une éternité qui décourage Michelle Bertrand et empêche le couple de construire de nouveaux projets: « On est dans le flou, on ne sait pas ce qui va se passer ».

« On dirait qu’on veut une solution naturelle, que les gens décèdent », comme cela a déjà été le cas pour certaines victimes, regrette, amère, Joëlle Pirih.

Pour ne rien arranger, certaines maisons ont récemment été placées en zone inondable. « Qui voudrait acheter ça ? » se désole Gaston Pirih, qui s’en dit « prisonnier ».

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